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Comment j'ai
vécu la Chine
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SHANGHAI
du
19 au 24 octobre 1990
Un
train à moteur nous mène à toute allure vers Shanghai, 80 km à l'ouest de
Suzhou. Compartiments spacieux et aérés. Une vingtaine de ventilateurs tout
le long du plafond n'arrêtent pas de tourner. A l'aspect des voyageurs je
pressents l'approche d'une ville au niveau économique et culturel
élevé. Si ce n'était les yeux bridés et les têtes de jais, on se croirait
tout bonnement en Europe.
Débarqués dans la ville la plus peuplée de Chine, treize millions
d'habitants, nous consultons le plan de la ville afin de localiser l'hôtel
« Pujiang » que Lonely Planet nous conseille, confortable, prix
raisonnable. A peine la carte ouverte, se présente un certain « Mr.
Huang » qui nous accompagne jusqu'à deux pas de l'hôtel. Cet accueil
cordial dès notre arrivée m'encourage, car je dois avouer que
j'appréhendais, je ne sais pourquoi, à affronter cette grande inconnue,
Shanghai.
Débarrassés de nos sacs, nous nous empressons d'aller à l'hôtel
Peace où il y aurait soi-disant une poste restante. Et en effet, nous
attend du courrier de chez nous ! Ce sont les premières nouvelles du
pays depuis notre départ. Tranquilisés, nous allons au Bund, mot
anglo-indien qui veut dire le quai. Nous sommes sur la rive du Huang pu où
se dressent encore toujours les tours, symbole des concessions étrangères.
En
1843 un consul anglais s'installe à Shanghai. Ce sera le premier
Blanc à pénétrer dans cette ville dont il fit le centre de la production
d'opium. C'est devenu le centre des industriels et des financiers.
Le
Bund a un aspect trop occidental à mon goût, on ne s'y attarde pas, alors
on s'engage dans Nanjing lu (rue Nanjing), la plus large, la plus longue (5
km) de Shanghai. Nous montons sur une des nombreuses passerelles qui
enjambent la rue d'où on a un aperçu de cette ville à la densité la
plus grande du pays. A voir cette foule à perte de vue, je veux bien le
croire, qu'en moyenne défile ici journellement un million de personnes.
Nous
redescendons sur le trottoir où s'est installé un bon nombre de corps
de métiers. Nous déambulons entre les établis improvisés. J'aperçois des
menuisiers, cordonniers, couturiers, horlogers coiffeurs, barbiers,
aiguiseurs de couteaux en pleine action et puis aussi une équipe du corps
médical qui contrôle la tension. On s'arrête là et profitons de l'occasion
pour certifier qu'on peut continuer notre route au même rythme. On ne
parvient pas à déchiffrer les résultats qui semblent être bons à la vue de
l'expression réconfortante du personnel…., xié xié…..
Dans
cette rue commmerçante il semble y avoir tout ce dont on peut rêver et pour
toutes les bourses. N'ayant plus qu'une étape à faire, nous y faisons nos
premiers achats : de la soie naturelle sous toutes les formes.
Blouses, pyjamas, chemises, au mètre….à des prix très avantageux. Ce
shopping ne se passe pas sans moments cocasses s'expliquant avec le personnel
de vente. Et ici la même gentillesse spontanée comme à ce jour mais je suis
curieuse de découvrir une autre face de Shanghai au cours des jours à
venir, dans la vieille ville traditionnelle j'espère.
Nous voici donc de bonne heure dans les vieux quartiers, dans une
ruelle pavée particulièrement intéressante. A peine assez large pour y
circuler à deux côte à côte. Ailleurs, où il n'y a pas d'espace pour les
voitures, des tricycles surchargés de légumes ravitaillent des petits
marchés, on passe au-dessous d'une lessive suspendue à des tiges de bambou
entre des maisons en bois. Les gens se comportent en pleine rue comme s'ils
étaient chez eux. Il y a des robinets devant les maisons où ils font leur
toilette , se lavent les dents, les cheveux . On passe à côté d'une machine
à laver en marche. Chacun cours à ses occupations sans la moindre gêne. Je
regarde autour de moi avec discrétion et se demande si on n'a pas l'air
d'être des intrus mais quand je me rappelle les toilettes sur la route vers
Huangshan, je me rends compte que ce monde n'a pas le problème de la
promiscuité. Est-ce le résultat de l'étroitesse des habitats ou bien la
mentalité du milieu, incompréhensible pour nous occidentaux ?
Yu Yuan ravissant jardin crée pour le mandarin Yu il y aura bientôt
cinq siècles. Au milieur d'une pièce d'eau se trouve un pavillon aménagé en
cha-dian (maison de thé) où nous arrivons en passant sur un joli pont en
zigzag. L'énigme des ponts qui zigzaguent est enfin résolue : le
diable allant seulement tout droit ne peut le traverser !
A l'étage, quelques tables rondes. On s'installe et je suis bientôt
sous l'emprise d'une atmosphère des plus typiques. Nous dégustons du thé au
jasmin. Comme à Chengdu, une serveuse vient remplir les petites tasses
d'eau chaude.
Autour
de nous sont assis des jeunes couples, détendus mais discrets. Jeunes gens
bien mis et l'air cultivés. Les jeunes filles au teint délicat sont
joliment coiffées. Pantalons noirs qui soulignent leur ligne fine, blouses
romantiques roses, melon, délicatement brodées. Pulls en mohair, couleur
pastel, ornés de petites perles blanches. La grâce qui émane de ce tableau
s'harmonise parfaitement avec les airs anciens traditionnels que jouent
trois vieux Chinois sur d'étranges instruments à corde dans un coin du
salon…moments inoubliables…
C'est dans la vieille ville qu'on a l'occasion de voir sur les
trottoirs, des joueurs de xiangqi, le jeu d'échecs chinois où se
confrontent chars, chevaux, canons, soldats…général. Le but du jeu est de
mettre en échec le général de l'adversaire. Ils sont toujours entourés d'un
attroupement de curieux auquel les joueurs sont absolument insensibles.
Sont
également insensibles à leur entourage, les vieux Chinois (et moins vieux)
qui pratiquent le tai shi - boxe du suprême absolu ! Un
spectateur nous explique que le thai shi consiste à relier son souffle au
souffle de l'Univers et à donner des soins au corps par l'intermédiaire de
l'esprit. Aussi, que les mouvements enchaînés visent une maîtrise de
l'énergie en soi. L'ensemble de ces groupes répétant les gestes lents du
taiji tôt dans la matinée sur le Bund est d'une beauté saisissante.
On a l'occasion de goûter durant ces quelques jours de savoureux
raviolis dont les variétés sont nombreuses, les nouilles frites et les
petits pains cuits à la vapeur font aussi nos délices. Les prix sont
anodins ce qui justifie les restaurants populaires toujours pleins.
Notre dernière journée se passe sur le Huangpu, une promenade en
bateau jusqu'à l'embouchure du Yangtzé. L'embarcadère n'est pas loin de
notre hôtel et nous décidons de faire cette excursion seuls, pour le prix
de six yuans alors que l'agence de voyage chinoise en demande vingt.
Nous
avons eu de la chance avec le temps, seulement deux jours de pluie, un à
Xian et un à Qongqin. Et aujourd'hui encore il fait soleil. Du bateau on a
une belle vue générale sur le Bund et tous ses gratte-ciel. Une image
impressionnante des grands bateaux transocéaniques et pour l'ultime
fois nous voyons le Yangtzé au moment où nous faisons demi-tour.
Le soir venu, nous prenons le train pour Pékin.

Nanjinglu

Joueurs
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PEKIN
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